La toile intérieure est cousue !

Suite à la réalisation de nos patrons, nous nous sommes attelés à la couture de notre toile intérieure. Nous avons commencé par la toile intérieure car elle est plus simple que la toile extérieure et sans grand enjeu : si on se trompe et qu'on pique trop le tissu, aucun risque d'avoir des fuites. Retour sur cette aventure.

Le choix du tissu

Après une longue hésitation et avoir vu beaucoup de tissus différents, nous nous sommes arrêté sur le choix de la jute : un tissu d'ameublement bon marché, au toucher assez rêche, et à l'aspect assez brut. Comparé au coton, la jute nous semble plus écologique, mais nous n'avons pas de données fiable à ce sujet. Comparé au lin, elle semble plus rigide et moins se froisser. Enfin, la jute est une toile très ouverte, à grosses mailles, et on voit au travers. Mais ce n'est pas grave pour nous car elle aura en sous-couche notre frein vapeur, qui sera de couleur blanche (unie).

Nous avons recherché de la jute de couleur crème ou « blanc cassé » à différents endroits, et nous avons choisi celle vendue chez les tissus Saint-Pierre « Dreyfus », à Paris. Ils ont un blanc cassé tout à fait charmant qui vire au blond paille, et, surtout, ils sont les seuls (parmi ceux qu'on a trouvé) a proposer une jute teintée ayant une laize de 260 cm, ce qui nous permet de n'avoir aucune couture de raccord sur le mur.

La jute, de près La jute, déroulée

Cerise sur le gâteau : cette jute a un toucher plutôt soyeux.

Le choix de la machine

Nous louons auprès de Nicolas une machine à coudre industrielle PFAFF 145. C'est une machine qui a bien 40 ans, mais qui fonctionne très bien. Elle est dotée d'un triple entrainement (le pied et l'aiguille accompagnent le mouvement et entrainent le tissu), ce qui réduit les risques de bloquer la machine à cause d'une grosse masse de tissu à déplacer. Car une machine qui fait du surplace, c'est un tissu méchamment troué, donc plus étanche.

Nous avons installé la machine au milieu de six tables, bien poncées, pour permettre de manipuler le tissu avec aisance. Et six tables, ce n'est pas de trop !

La machine PFAFF Les tables

Les murs

Aucune difficulté en théorie. Il s'agit de simples rectangles sur les bords desquels on coudra un repli pour éviter l'effilochage du tissu.

Toutefois, le tissu s'avère difficile à manipuler : la trame de la jute se déforme beaucoup (en parallélogramme). Il faut donc bien veiller à bien mettre la trame d'équerre avant de tracer et coudre le tissu, sous peine de ne pas retrouver (du tout !) la même forme une fois le tissu découpé. Nous en avons fait l'expérience à nos dépends : une coupe « droite » est ainsi devenue de biais à près de 10° !

Les photos ci-après montrent l'état du tissu, « naïvement déplié » à gauche ; et une fois mis d'équerre, à droite.

Tissu tordu Tissu droit

Le toit

La couture du toit représentait l'essentiel du travail. C'était l'occasion de se faire la main, grandeur nature, sur un assemblage de lés de grande dimension par des coutures étanches (la couture nommée « type D » ici).

Découpe

Après avoir mis le tissu bien à plat et bien droit, on commence la découpe des lés dans la logique suivante : Position des lés

Avec une ficelle à nœuds, on commence par tracer les rayons. Un gabarit peut être également utile au niveau du petit rayon. Ensuite avec la même ficelle on détermine la largeur du lé, pris à la corde du cercle).

Tracé du tissu Tracé du tissu

On reporte ensuite les marges de couture, relie les arc, puis on découpe les lés.

Découpe du tissu Découpe du tissu Découpe du tissu

Couture

Pour la couture des lés entre eux, je nomme la face « belle » celle qui est visible à la fin de l'assemblage, c'est à dire la face intérieure de la toile. Pour la bâche extérieure, la face belle est celle qui est exposée aux intempéries.

On commence par poser un lé, face belle dessus. On pose un second lé au dessus, avec la face belle tournée vers le lé dessous, et on laisse dépasser le lé de dessous de la valeur d'une marge de couture. Ensuite, on replie cette marge par dessus le lé du dessus. On marque le tissu en le pressant (avec un morceau de bois ça fonctionne très bien), et on peut l'épingler à ce moment là. Alors, on fait une piqure à la machine, en tachant de se maintenir du coté opposé au bord.

Couture, 1ère étape Couture, 1ère étape Couture, 1ère étape

On « ouvre » ensuite le lé supérieur pour le positionner dans la continuité de l'assemblage, on prend soin de positionner correctement le pli dessous (il doit être orienté vers le lé qui était dessus), puis on fait une piqure pour maintenir le tout, en tachant de se maintenir près du bord « libre » du pli.

Couture, 2ème étape

Ensuite on se retrouve avec un nouveau lé assemblé, face belle sur le dessus. Il n'y a plus qu'à recommencer en posant un nouveau lé comme indiqué plus haut.

La dernière couture, celle qui ferme le cône, demande un peu plus d'aide, car une grosse masse de tissu se retrouve sous le bras de la machine. Mais mis à part cela, tous les lés s'assemblent suivant le même schéma.

Replis et ourlets

Il reste enfin à faire un ourlet au sommet du toit, et un repli en bas du toit. L'ourlet servira à passer une ficelle pour serrer le toit autour du toono.

Il n'y a là non plus aucune difficulté majeure, si ce n'est que le volume de tissu manipulé commence à être conséquent : le tour extérieur du toit fait environ 23 m. Et pour pouvoir coudre dans de bonnes conditions l'ourlet au sommet, la toile doit être repliée pour former un anneau suffisamment « petit » : 3-4 m de diamètre environ.

Couture de l'ourlet au sommet Couture du repli extérieur Couture du repli extérieur

Conclusion

Après ça, on a envie de dire « Et voilà ! », fiers de notre ouvrage. Malheureusement, ses dimensions sont telles qu'il nous est impossible de le déplier en entier à l'abri pour l'admirer ou le photographier. Et la météo ne nous permet pas vraiment de le déplier en plein air. Le test se fera donc, grandeur nature, au moment du montage de la yourte.

Pour le moment, on va alors se concentrer sur la couture des bâches extérieures.